La haine selon la psychologie
Pour discuter du concept de haine selon la psychologie, je me suis inspirée des écrits d’un éminent psychiatre américain, le Dr. Beck, qui étudie le concept de haine depuis des années. Ce dernier expose son point de vue sur ce qu'est la haine et d’où elle vient. Il utilise le concept de l’hostilité, de la colère, de l’égocentrisme et des distorsions de la réalité pour expliquer les causes du sentiment de haine chez plusieurs individus.
Selon lui, la haine peut être engendrée par une perception erronée des évènements extérieurs que l’individu perçoit comme une blessure personnelle. Cette dernière, engendrée par un contrôle égocentrique des évènements, forme des distorsions projetées de la réalité ou de « l’Autre ». L’être se sent alors victime d’une injustice, s'auto-protège en ayant une réaction excessive, souvent sous forme de colère, qui se traduit par une émotion de haine qui peut devenir un sentiment. C’est le cas, par exemple, lorsqu’un état de paranoïa se mêle à une émotion de haine. Cet état peut alors aller jusqu’aux actes de violence et engendrer un véritable génocide. La haine déstabilise alors les structures de nombreuses sociétés dans leur volonté de vivre ensemble.
Voici un tableau qui résume l'idée de création de la haine du point de vue psychologique selon le Dr. Beck:
| Individu X + Perception erronée et Distorsion de la réalité = Colère qui devient HAINE |
Les recherches du Dr. Beck sont d’une grande originalité et d’autant plus intéressantes, car elles transposent un caractère commun à l’ensemble du sentiment de haine parmi un nombre incalculable de situations. Bref, ses études démontrent que peu importe la situation dans laquelle se déclenche le sentiment de haine, il est caractérisé par des mêmes composantes. Par exemple, la haine entre conjoints, la haine contre un groupe précis et en temps de guerre partent de prémisses similaires, c’est-à-dire d’une réaction biaisée de la réalité due à l’égocentrisme émotif de sa propre réalité dans notre traitement de l’information. Bien sur, il y a quelques différences au point de vue de la manifestation de cette haine et de son développement. Toutefois, d’un côté psychologique de l’être humain, le sentiment de haine provient d’un même et unique phénomène émotif qui peut être accentué ou amoindri selon l’individu :
Nos croyances et nos systèmes de traitement de l’information jouent un rôle décisif dans la détermination de nos sentiments et nos comportements. Nous interprétons de façon erronée les signaux des autres selon nos valeurs, nos règles et nos croyances.
Quand nous insistons trop sur l’importance du succès personnel, ou de la supériorité de la nation, nous tombons dans le piège de considérer les autres comme des concurrents, des membres de groupes, ou des citoyens d’autres nations comme moins méritants que nous. Les mécanismes primaires de traitement de l’information que nous avons hérités de l’évolution influencent nos jugements. Les biais cognitifs nous conduisent aussi à attribuer indifféremment de la malveillance à des personnes dont les actions et les croyances entrent en conflit avec les nôtres. Un des vices de l’étroitesse de notre système cognitif est de caractériser ces personnes en tant qu’Ennemi : le conjoint en colère, le membre d’une minorité religieuse ou raciale, le révolutionnaire politique. Il devient de plus en plus difficile d’observer les autres de manière réfléchie, objective, et avec du recul.1
Ainsi, les thèses psychologiques affirment que la haine est une création interne de l’être humain et qu’elle est stimulée ou non par l’extérieur. La psychologie parlera donc d’émotion et de sentiment créés par l’Homme en réaction à l’extérieur par sa propre perception de soi.
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1 Beck, T. Aaron, Prisonniers de la haine : Les racines de la violence, Paris, Masson, 2002.
