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La haine de soi: « Les Autres contre moi » dans les médias sociaux

by Julie Horn on avril 18th, 2010

Dans mon billet précédent sur la haine de soi, j'ai voulu aborder la question de la haine selon la psychanalyse et la relation du « Moi contre Moi ». Aujourd'hui, j'aimerais vous présenter la haine de soi selon l'idée des « Autres contre moi » dans une perspective psychologique.

La haine de soi via «les  Autres contre moi »

Le psychiatre pour enfants, Alain Taieb, s'interroge sur la volonté d’existence d’un enfant venant de naître et sur la manière que la haine de soi s’installe en lui au point de vouloir se blesser, se suicider, être en dépression, ne plus avoir aucun plaisir ou, tout simplement, ne pas réussir ce qu’il entreprend.

Tout comme en psychanalyse, il commence sa réflexion par l’image parentale qui transpose à l’enfant les bases de son identité. Lorsque l’image même des parents comporte des faiblesses psychologiques, l’identité de l’enfant sera touchée. Comme la psychanalyse, la psychologie renvoie à la base affective de l’enfant à ses parents. Toutefois, les méthodes de compréhension par les différentes approches diffèrent. L’un insiste sur les bases inconscientes à se nuire à soi-même causées par l’image que l’enfant à du parent; l’autre aborde les lignes de l’identité consciente et inconsciente par tout ce qui est extérieur à l’enfant et en lien avec lui. Bref, l’un insiste sur l’enfance qui détermine l’appareil psychique dans le rapport entre l’enfant et l’image parentale; l’autre insiste sur le jeu du «miroir» de soi, déterminé par le rapport entre l’enfant et l’«Autre» dans son environnement proche. Ce qui ne veut pas dire que le rôle des parents n’est pas important. Au contraire, l’auteur parle aisément de la relation mère-enfant qui détermine les premiers liens du concept de haine de l’autre et d’amour de soi, mais cette relation est vue comme une étape d’intégration émotionnelle et psychologique. D’autres facteurs tels que, par exemple, le rejet de l’enfant par un groupe social à cause de son origine, race, religion ou autre, peuvent influencer le développement d’une haine de soi chez le petit.

La haine de soi se trouve à être un ensemble d’émotions négatives que l’enfant accumule par ses expériences à l’extérieur et qu’il intègre négativement par le biais de la violence, de la culpabilité, de l’indifférence de soi, de dépression, d’absence de joie et de plaisir, etc. L’auteur donne l'exemple de la la jeune Pauline de 16 ans, pour démontrer jusqu'où peut mener l'accumulation de ces émotions négatives: «Je ne sens rien, je me regarde dans la glace et je ne vois personne, je m’arrange pour qu’on me déteste, pour donner raison à la haine en moi contre moi»1. Ces émotions négatives peuvent provenir d’un abandon, de violence, de haine parentale ou d’une figure d’autorité. Elle peut également provenir d’un abus physique ou mental, d’une parole blessante, d’une interprétation erronée d’un événement ou d’une situation, d’un traumatisme passé, etc. L’enfant peut aussi s’identifier à son agresseur et peut également, par exemple, vivre le traumatisme de séparation d’un parent comme étant de sa faute, etc. Ainsi, au lieu de rejeter sa haine contre les autres, la personne la ramène contre elle-même.

L’enfant se crée une base identitaire dès son plus jeune âge. Cette base se développe par l’interaction du parent ou du tuteur comme un miroir pour l’enfant. Si l’adulte qui s’occupe du bébé à des émotions négatives, une faiblesse psychologique, un manque d’amour de soi, etc., alors le bébé s’identifiera à ces bases émotives. Par la suite, d’autres événements extérieurs à l’enfant interagiront sur cette base identitaire. Toutefois, cette première base sera une composante très importante dans l’interprétation de l’enfant de ces événements et pourra agir sur l’égocentrisme émotif de sa propre réalité dans le traitement de l’information.

Distinction entre la haine de soi via la psychanalyse et la psychologie

Ainsi la grande différence entre la psychanalyse et la psychologie se situe au niveau du développement de l’appareil psychique et de la provenance de la haine de soi. Malgré le fait que les deux disciplines s’intéressent à l’enfance comme base du développement psychique et émotif, la psychanalyse insiste sur les pulsions qui sont en nous tous et aux différentes manières de gérer ces pulsions par un appareil psychique développé dans l’enfance pour expliquer la haine de soi. Alors que la psychologie insiste sur la réaction à des émotions négatives qui peuvent être en partie «léguées» par le parent ou tuteur et par les événements extérieurs à l’enfant qu’il transforme selon sa propre réalité. Dans ce sens, la haine de soi diffère selon ces disciplines et interfèrent différemment dans le «vouloir vivre ensemble». Si nous partons de la prémisse que les pulsions sont en nous tous, les composantes de la vie en société en sont affectées, alors que si nous croyons qu’elles sont une émotion qui peut devenir sentiment selon notre propre perception de l’extérieur, l’enjeu sera perçu autrement. Si l’un revient à dire que nous possédons des pulsions au niveau génétique et l’autre que nous sommes des êtres d’émotion, les explications, les conséquences et les solutions préconisées pour vivre ensemble harmonieusement en sont perturbées. Oui, la haine de soi est une haine qui cause un grand malaise dans la société, mais comment pallier cette haine si nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord sur ses origines et si tout part de la spécificité de chaque être humain à réagir différemment?

Des exemples de la haine de soi : « L'Autre contre moi » dans les médias sociaux

En fouillant sur le Net à la recherche d'exemples, j'ai décidé de parler de la notion du rejet perçu comme une haine de soi: « On ne veut pas de moi, on me rejette et c'est à cause de moi ». Voilà sur quoi j'ai voulu concentrer mes recherches cette semaine.

Lorsqu'une société ou un groupe refuse d'accepter les personnes différentes des autres, il arrive que des individus soient rejetés et en viennent à se haïr d'être ce qu'ils sont. L'étude de Takeo Tanaka, de l'École internationale de psychologie s'est penchée sur cette question en étudiant l'impact de ce rejet social sur l'image de soi. Cette étude discute de trois formes d'intimidation qu'entraînent ce rejet: la violence psychologique par les insultes et les provocations, la violence physique et le « shunning » qui serait le fait d'ignorer l'existence d'une personne. Toujours selon l'auteur, les personnes qui sont victimes du « shunning » ont tendance à mettre la faute de leurs problèmes sur elles-mêmes et en viennent à se haïr en pensant qu'elles sont responsables du comportement des autres.

Ainsi, je me suis posée la question à savoir si cette forme d'intimidation est un phénomène qui existe aussi sur les médias sociaux ou si, au contraire, ceux-ci règlent naturellement le problème en favorisant l'adhésion de ces personnes à d'autres groupes présents sur le Web. Dans ce contexte, la question qu'il est important de se poser est aussi celle de savoir si le groupe ou la « société virtuelle » peut remplacer le groupe ou la « société dans le monde réel ». Même si un individu peut côtoyer les deux mondes chaque jour.

Selon Takeo Tanaka, « la psychologie de la victime du "shunning" indique quatre façons universelles de poser son identité quand il y a rejet social »2:

La première façon. La victime adopte la position du groupe. Elle accepte ce qu’on dit d’elle : "je suis ennuyante, déprimée, celle qui fait toujours perdre les autres". Cette position amène la victime à vouloir s’adapter et changer ou à se décourager et à déprimer. Cela permet de conserver la cohérence du scénario social que se donne la victime.

La deuxième façon. La victime choisit une identité avec un sous-groupe, elle adopte une contre-culture qui, malgré l’exclusion du groupe dominant, permet un ensemble cohérent d’identification. Il n’est pas toujours facile toutefois d’être accepté dans un véritable groupe marginal.

La troisième façon. La victime s’identifie en imagination avec une culture inventée plutôt qu’avec ceux de son quotidien. Elle puise les éléments de cette culture inventée dans des romans ou des croyances religieuses : le "saint" qui est le bouc émissaire des autres, le "génie" incompris de son entourage. Cette manière de penser permet à la victime de conserver une cohérence dans son identité à l’intérieur de sa communauté.

La quatrième façon. Il y a ici perte complète d’identité. C’est la pire des positions. Elle mène a des problèmes plus sérieux de santé mentale.3

Est-ce que les réseaux sociaux contribueraient à atteindre plus facilement la deuxième façon? Prenons le cas des pédophiles. Rejetés par la société, ils se sont créés un réseau virtuel où ils s'identifient. Évidemment, dans leur cas, il ne s'agit pas d'ignorer leur existence, au contraire. Toutefois, cet exemple démontre que les réseaux sociaux peuvent être un lieu de regroupement pour des personnes rejetées par la société.

Il y a aussi le danger, pour les personnes vulnérables dans leur identité face au rejet ressenti, d'être attirées par des sous-groupes marginaux dangereux. Je pense au cas, il y a plusieurs années, d'un jeune amérindien qui avait tiré sur des personnes de son entourage, car il avait adopté une idéologie d'extrême droite néo-nazi. Il était devenu haineux de sa propre culture, il était devenu haineux de lui même en découvrant un groupe néo-nazi sur Internet. Qu'en sera-t-il avec les médias sociaux? Je pense que nous sommes à une étape, en tant que société, à nous poser ce genre de question pour assurer une meilleure sécurité des personnes vulnérables sur Internet.

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1 Alain Taieb, « L’enfance de la haine de soi», La haine de soi : Difficiles identités, sous la direction de Benbassa et all., Belgique, Éditions Complexe, 2000, p. 93.

2 Traduction/résumé par Richard Gagné de : The Identity Formation of the Victim of "Shunning". Auteur : Takeo Tanaka, (2001); School Psychology International, Vol 22, #4, 463-476. [En ligne] http://www.aqps.qc.ca/public/publications/dossiers/intimidation/rejet-japon.html (Page consultée le 16 avril 2010).

3 Ibid

2 Comments
  1. Très intéressante analyse. Très approfondie et nourrissante.
    Cependant, je persiste à croire que le Web 2.0 a créé 2 clans : ceux qui sont pour et ceux qui sont contre.
    Je déplore cette vision binaire des réseaux sociaux compte tenu de l'impact et de l'influence qu'ils ont sur l'opinion de "Joe public".
    Cela dit, ton billet va me permettre de me coucher nettement moins idiot ce soir.
    ;-)
    En passant, le module pour laisser des commentaires sur ton site ne fonctionne pas avec mon iPhone. Dommage.
    Au plaisir et continue ton beau travail !

  2. Julie Horn permalink

    Merci pour ton commentaire Stéphane :) Je pense que le prochain sera sur la perspective philosophique… J’ai hâte de présenter les différences :)

    Aussi, je vais tenter de régler le problème pour le Iphone.

    Merci de me lire :)
    Julie xx

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