La haine de soi: « Moi contre moi » dans les médias sociaux
La haine de soi: je me haïs, je suis « moi contre moi ». Qui d'entre-vous s'est déjà dit « je suis moche », « je suis mauvaise », « je suis bonne à rien », « je n'aime pas mon corps » ou « je n'aime pas qui je suis »? Parfois, il s'agit d'une sensation passagère que plusieurs vont ressentir sans vraiment y croire: un lendemain de veille, une bêtise qu'on se reproche, un matin pluvieux. Mais, parfois, il s'agit d'un problème plus grand. Une haine de soi qui en vient à écraser, puis à détruire la personne. Elle devient la responsable de son malheur et ira jusqu'à inciter la personne à se punir des fautes qu'elle se reproche à elle-même. La haine de soi peut tuer!
Dans ce contexte, je me suis posée plusieurs questions. Qu'est-ce que la haine de soi exactement? Comment se manifeste-t-elle? Pouvons-nous la guérir? Et surtout, de nos jours, comment la notion de « moi contre moi » apparaît sur les médias sociaux?
« Moi contre moi » selon la psychanalyse
L’expression «haine de soi» est apparue dans les années 30 dans la littérature juive durant la vague d’antisémitisme. Rapidement, cette expression évolua pour s’étendre à l’ensemble de l’humanité. La haine de soi fait partie d’un processus de l’appareil psychique où la pulsion de haine, au lieu d’être dirigée vers l’extérieur, se tourne vers soi. Cette pulsion se transforme de différentes façons selon l’appareil psychique de chaque individu : cancer, malaises psychosomatiques, automutilations, etc.
Ainsi, la haine de soi serait causée par des pulsions d’autoconservation mal régulées par l’appareil psychique qui se retournerait contre l’individu. Cette forme de haine à la particularité d’être différente selon la personne et son passé. Selon les adeptes de la psychanalyse, la seule façon de transformer cet état est de faire une psychanalyse individuelle. Cela, afin d’éliminer les pathologies existantes et améliorer les relations humaines par une autre voie d’extériorisation de ces pulsions. Ce peut être par l’art, le travail créatif, etc. Ce qui importe dans cette théorie, c’est que chaque individu est unique et réagit différemment aux événements extérieurs, cela même si son appareil psychique se construit dans l’enfance.
La «haine de soi» peut donc être causée par des événements vécus individuellement, mais aussi par la pression sociale qui crée et/ou renforce cette haine. À certaines occasions, elle peut être vécue par un groupe d’individus qui ont une interprétation des événements semblables. Dans ce contexte, il faut se rappeler que l’expression «haine de soi» est apparue lors d’une vague d’antisémitisme chez la communauté juive. Dans cette idée, la violence et la haine contre une communauté en particulier, que ce soit à cause de sa race, sa religion, son sexe ou son orientation sexuelle, exerceraient une pression sur leur identité. Ainsi, des membres des communautés visées se mettraient eux-mêmes à s'haïr. Dans les années 1930, un philosophe juif allemand, Theodor Lessing, créa l’expression « Jüdische Selbsthass » ou « haine de soi juive ». Il décrivait le cas de plusieurs juifs ayant une haine de soi tellement forte qu'ils en venaient à se suicider. Ils en sont arrivés à avoir honte d'être juifs parce qu'ils ont cru que leur religion était responsable de plusieurs malheurs. Ne pouvant plus supporter l'idée d'être juifs, plusieurs décidèrent de mettre fin à leurs jours. Cet exemple démontre bien la destruction que peut engendrer la haine de soi.
Aujourd'hui, la haine de soi évolue sous différentes formes. La haine de son identité en est une parmi tant d'autres. Mais, on y retrouve aussi la haine de son corps, de son être et de ses pensées. Leur point commun: si ces personnes ne trouvent pas d'aide professionnelle, cette haine de soi pourra les détruire. La question qui me brûle donc les lèvres en ce dimanche après midi est de savoir comment cette haine de soi se transpose dans les médias sociaux…
Exemple de la haine de soi dans les médias sociaux
Les médias sociaux sont une plaque tournante pour les personnes qui tentent de comprendre ce qui leur arrive en terme de haine de soi ou qui veulent expliquer ce qu'ils vivent. Ainsi, on retrouve plusieurs sites dédiés à la compréhension du phénomène de la haine à travers les différents blogues sur la dépression, la boulimie, l'anorexie, le non amour de soi, etc., mais aussi plusieurs forums où des personnes tentent de mettre un nom sur leur malaise. Un des exemples les plus fréquents est de voir des blogues et des forums sur l'acceptation de sa maladie et de sa lutte quotidienne pour mieux vivre. Ainsi, on y retrouve des histoires personnelles sur la lutte quotidienne de ces personnes pour s'en sortir. Même si ces sites ne remplacent pas une aide par des professionnels, ils peuvent être un complément et/ou un vecteur pour aller chercher une telle aide.
D'autres, utilisent ces médias sociaux pour faire l'apologie de leurs malaises. Malheureusement, on retrouve par exemple, plusieurs blogues, vidéos et forums créés par des jeunes filles qui voient l'anorexie comme un mode de vie. Ces sites deviennent alors un endroit où se stimule la haine de soi par une forme de violence du corps: trucs pour ne pas manger, trucs pour éviter de se faire prendre, trucs pour se faire vomir, haine du gras, haine des personnes ayant du poids, etc. Ces sites, très populaires auprès des jeunes filles anorexiques sont excessivement dangereux pour les plus vulnérables. On y fait l'apologie du corps maigre, souvent par le biais de photographies, comme d'un idéal à atteindre…l'idéal de la haine de soi… De plus, ces endroits sont propices à être utilisés par des cyberprédateurs qui voient la vulnérabilité de ces jeunes femmes. Personnellement, j'ai vu sur certains de ces sites des « pseudo photographes » faire l'apologie d'adolescentes maigres en leur proposant leurs « services » pour qu'elles puissent atteindre leur idéal de mannequin. Tout cela en leur disant combien il est sexy de voir une « très fragile cheville, un poignet presque cassant, des mains avec des doigts interminables, des pieds que l'on a envie d'embrasser, de tout petits seins pourtant si vigoureux, de jolies petites fesses fermes… ». Je ne donnerai pas le nom de ce site pour ne pas lui faire de publicité, mais je tiens à préciser que j'ai signalé ce membre sur le site en question. Il est donc important que les entreprises prennent consciences des dangers qui existent lorsqu'elles décident de créer des forums pour les adolescents ou qui permettent la création de blogues. Il est erroné de croire que la seule solution de la modération doit être dans les mains de ses membres. L'entreprise doit prendre ses responsabilités en misant sur une modération de qualité afin que son nom et/ou sa marque ne soient pas utilisés par des personnes ou groupes malveillants.
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Férault, Philippe. «La haine de soi, l’autre face de la haine». La haine de soi : Difficiles identités, sous la direction de Benbassa et all.. Belgique : Éditions Complexe, 2000.
Micheli-Rechtman, Vannina. «La haine du corps au féminin : L’anorexie». La haine de soi : Difficiles identités , sous la direction de Benbassa et all. Belgique : Éditions Complexe, 2000.
Taieb, Alain. « L’enfance de la haine de soi». La haine de soi : Difficiles identités, sous la direction de Benbassa et all. Belgique : Éditions Complexe, 2000.
Jeammet, Nicole. La haine nécessaire: le fait psychanalytique. Paris : PUF, 1989.
Site web. Itshak Lurçat. « La haine de soi juive, du pathologique au politique ». Vu de Jerusalem, 30-01-2009 [En ligne] http://bit.ly/bdLa1M (Page consultée le 4 avril 2010).
