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Est-ce que la haine vient de notre cerveau? La haine selon les neurosciences et la biologie comportementale

by Julie Horn on mai 10th, 2010

Pendant des centenaires, une hypothèse prévalait : la haine n’appartenait pas à la nature humaine, mais était créée par l’extérieur. La majorité des scientifiques défendaient l’hypothèse selon laquelle la haine ne serait pas un vice de la nature profonde de l’être humain, mais serait une conséquence de la civilisation qui ternit cette même nature. Bref, la haine n'était pas perçue comme innée, mais acquise. Toutefois, les nouvelles découvertes dans les domaines de la génétique, des neurosciences et de la biologie comportementale, démontrent une version différente de cette hypothèse1. Selon ces nouvelles recherches, la haine serait créée par le cerveau humain et stimulée par l’extérieur. Elles mettent donc de l’avant l’idée que la haine serait le fruit d’une action biologique au niveau du cerveau humain et de ses neurotransmetteurs qui serait incitée par une stimulation extérieure. Cette nouvelle hypothèse suppose tout un débat au centre duquel la haine prend un nouveau virage. Si cette dernière prend effectivement naissance dans le cerveau humain, alors ce fait change le rapport qu’elle a avec le politique du «vouloir vivre ensemble» et de nombreuses questions restent en suspens. Par exemple, si la haine est innée et non acquise, est-ce que la haine est un besoin nécessaire de l’être humain? Est-ce que les guerres sont inévitables? Pouvons-nous vivre ensemble dans l’harmonie, malgré notre nature?

Le débat que suscite cette nouvelle conception de la naissance de la haine – qui incorpore un niveau biologique à la haine – est extrêmement important dans le domaine de la science politique, car il remet en cause l’analyse de la société. Si nous considérons le politique comme le «désir de vivre ensemble», la haine devient un enjeu majeur à la considération du vivre ensemble. De plus, émettre l’idée que la haine se crée au niveau biologique, c’est reconsidérer les causes fondamentales et les solutions pour y mettre fin. Il en découle un problème de taille. À cet égard, il est intéressant de pousser plus loin la compréhension de ces théories.

Théorie évolutive de la genèse de la haine

Depuis plus de 20 ans, les scientifiques des neurosciences et de la biologie comportementale tentent de démystifier la formation des structures émotives dans le cerveau humain. Bref, ils essaient d’autopsier la formation des émotions à travers les structures et les composantes neurochimiques du cerveau. Ils s’intéressent particulièrement à la formation des émotions négatives telles que la peur et la haine. À travers leurs recherches, les scientifiques ont fait une découverte extrêmement intéressante. L’être humain, contrairement aux animaux, possède très peu de comportements innés. La majorité des comportements de survie de l’être humain existent par l’acquisition de connaissances par l’éducation, les coutumes, etc. Le schéma de survie du cerveau humain évolue au gré de ces connaissances. Ainsi, les structures du cerveau humain se transforment selon l’évolution humaine. C’est ce qui s’est passé au niveau physique lorsque l’Homme a commencé à marcher droit ou lorsqu’il a fabriqué ses premiers outils. Simultanément, le cerveau humain s’est aussi développé par les expériences et les nouvelles connaissances de l’Homme pour améliorer la survie de l’espèce et sa reproduction. Étant donné qu’il possédait peu de comportements innés et que sa survie dépendait des expériences ancestrales et de l’acquisition de connaissances, l’humain s’est toujours fié à son «sens» afin de réaliser si ses actions étaient, selon lui, bonnes ou mauvaises. Ainsi, les émotions positives et négatives seraient des mécanismes de survie afin de répondre aux stimulus provenant des différentes possibilités extérieures.

Quant à la haine, elle serait une conséquence de notre manque de comportements innés et du fait que nous nous fions énormément à notre sens afin de maximiser nos chances de survie. Dans ce sens, la haine serait un «défaut évolutif» des composantes de notre perception afin de survivre et de perpétuer notre espèce. Par exemple, un kamikaze sera convaincu que sa mort favorisera la survie de son espèce. L’évolution de son cerveau limbique2 et l’acquisition de connaissances au niveau culturel stimuleront ses sens. L’individu sera alors convaincu du bienfait de sa mort pour l’augmentation des chances de survie de son espèce. Dans ce contexte, les kamikazes utilisent la haine comme un mécanisme de lutte pour survivre : «Ce sont les systèmes de sens qui leur procurent leurs notions personnelles du sens. Notre engagement émotionnel massif envers ces systèmes nous pousse à interpréter toute différence de sens comme une menace à notre survie et à la perpétuation de l’espèce»3. L’auteur continue en affirmant que si «ces pulsions individuelles ne sont pas maîtrisées, les pouvoirs fournis par la civilisation les amplifient. Elles se transforment alors en menaces planétaires»4. Toutefois, il insiste aussi sur le fait que si cette même civilisation peut favoriser ces pulsions, elle a également le pouvoir de les limiter.

Dans cet ordre d'idée, la haine ne serait pas quelque chose de rationnelle, mais une phobie suscitée par la peur de ne plus pouvoir se reproduire, de voir son ethnie disparaître, de perdre sa qualité de vie ou de ne pas être en mesure de survivre. Par exemple, un individu du Ku klux klan qui voit une personne noire va susciter chez lui une réaction «automatique et stéréotypée»5 de haine. Le membre du groupe ne tentera pas de connaître la personne noire, de la voir comme un être humain avant tout, ni de comprendre que chaque individu à sa personnalité propre peu importe sa couleur de peau. La personne noire sera déjà jugée dangereuse tout comme une grotte peut l’être pour le claustrophobe avant d’y entrer.

Un débat nécessaire et capital qui devrait être fait

L’aspect scientifique de la haine dans sa composition fondamentale est très important pour comprendre d’où vient la haine et comment tenter de la résoudre chez les groupes extrémistes et terroristes. Cependant, les différentes explications de la haine suscitent de nombreux débats et questionnements.

D’abord, l’hypothèse voulant que la haine se constitue au niveau biologique et soit stimulée par l’extérieur complique l’analyse et la formulation de solutions pour y mettre fin et la prévenir. Conférer une fonction biologique à la création de la haine pose de grandes questions que ce soit au niveau moral et/ou éthique. Est-ce que la haine est un problème génétique ? Est-ce que les enfants des personnes haineuses sont biologiquement prédisposés à haïr ? Y a-t-il un risque au niveau de la société, à marginaliser les descendants des êtres qui ont commis des actes de haine dans leur vie ? Ne serait-ce pas utiliser la haine à notre tour ? Et si la haine se forme dans notre cerveau, quelles seront les méthodes médicales à employer ? Peut-on guérir la haine par la prise de médicaments ou la chirurgie ? Toutes ces questions semblent, bien sur, farfelues. Pourtant, la théorie évolutionniste de la haine est bien présente dans la littérature spécialisée et est utilisée à des fins explicatives du terrorisme, des groupes haineux, etc.

Ensuite, il y a un débat et une coopération multidisciplinaire qui doivent être faits, afin de permettre une réelle compréhension de ce qu’est la haine et d’où elle vient. Cela parce que la manière de percevoir la haine transforme considérablement les méthodes de recherche, d’analyse et de perception de nombreux champs d’études tels que la psychologie, la neuroscience, la criminologie et la science politique. Et, parce que la manière de percevoir la haine remet en cause l’analyse des structures sociales et la perception du terrorisme, des groupes haineux, de la guerre, des actes criminels et de bien d'autres composantes de toutes sociétés.

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1 Rush W. Dozier, La haine : Comprendre et éliminer la haine, Québec, Les éditions de l’homme, 2003, p. 9-10.

2 Partie du cerveau qui a un rôle primordial dans la structure des émotions.

3 Rush W. Dozier, La haine : Comprendre et éliminer la haine, Québec, Les éditions de l’homme, 2003, p. 25.

4 Ibid, p. 10.

5 Ibid, p. 28.

2 Comments
  1. Bonjour Julie !

    Quel sujet intéressant ! Dans le monde où nous vivons avec de nombreux conflits simultanés sur la planète, la menace nucléaire et la menace du réchauffement climatique, les questions que vous posez sont vitales.
    La haine raciale est aussi encore très forte.
    Je ne sais pas si vous avez lu les déclarations du joueur du CH, Gill qui parlait de la haine au hockey, des partisans d'un club contre ceux d'un autre club et des joeurs…Bref, partout où nous tournons les yeux, la haine est vite présente. Il en va de même dans les milieux de travail. J'ai vu et entendu beaucoup de propos et comportements haineux dans mes 40 années de travail !
    Je ne suis pas en mesure d'évaluer toutes les conséquences des informations que vous apportez mais j'en vois une qui pourrait être intéressante. Si la haine raciale, par exemple, provient du cerveau et est exacerbée par l'environnement, on pourrait la considérer comme une maladie et il serait génial qu'un médicament vienne adoucir cette réaction du cerveau, voire la supprimer de la même façon que les antidépresseurs viennent agir sur la circulation de la sérotonine des personnes avec problèmes anxieux pour améliorer leur vie.
    Merci pour ce superbe billet !

    P.S. Je suis honoré de vous avoir rencontré au vernissage !  :)

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  1. La théorie du « défaut évolutif » au travail, selon la neuroscience et la biologie comportementale | Julie Horn Consultante, M.A.

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