La théorie du « défaut évolutif » au travail, selon la neuroscience et la biologie comportementale
Selon les neuroscientifiques et les biologistes comportementaux, la haine au travail provient d’un manque de valorisation de l’individu quant à sa propre perception du sens de son existence. Certaines personnes lient directement la croyance en un «contrôle de sa vie» avec son travail et les relations qu’ils entretiennent avec leurs employeurs et collègues. En ce sens, le travail devient un «tout» pour l’individu, sa raison d’être. Ces croyances proviennent, selon certaines théories neuroscientifiques, du «défaut évolutif»1 de la fonction biologique de survie de l’individu.
La théorie du « défaut évolutif »
Chaque être humain détient des fonctions internes qui réagissent aux menaces extérieures pour permettre la survie et la perpétuation de l’espèce. Dans ce contexte, le travailleur qui croit que son travail est un «tout» sera plus susceptible de réagir face à des changements dans son travail. Ainsi, lorsqu’un élément vient perturber la croyance de contrôle et de «raison d’existence» de l’individu par une perte d’emploi ou une entente mitigée avec son employeur, l’individu peut ressentir de la haine et ses mécanismes biologiques de survie peuvent prendre le dessus. Bref, cette personne pourra commettre des actes de haine provoqués par le «défaut évolutif» des réactions biologiques du cerveau humain par un complexe d’éléments chimiques et biologiques véhiculés par les neurotransmetteurs de l’individu.
Une théorie controversée
Cette conception, d’un premier abord simpliste, démontre une importante controverse entre l'idée qui affirme que l'humain a le pouvoir de faire des choix et prendre ses propres décisions et celle qui affirme que l'humain n'a pas ce pouvoir. Tout être espère avoir un certain contrôle sur sa vie. Toutefois, ces théories démontreraient que cette sensation est un leurre. Si l’explication réside dans des éléments biologiques organisés, comme l’entendent certains neuroscientifiques, le contrôle n’existe tout simplement pas. L’être humain ne fait que réagir à ses fonctions génétiques et biologiques. Dans ce même sens, la «raison de son existence» n’est pas tant un but, mais une réaction créée au niveau biologique pour préserver le corps de l’être. Dans cette perspective, la haine «de l’Autre» se distingue dans sa réaction à un événement pour permettre la survie de l’individu. Et, dans ce sens, cette forme de survie par la haine est une déformation, une anomalie ou un «défaut évolutif» provenant de la modification du système biologique de l’être humain au cours des milliards d’années.
Ainsi, si nous nous référons à cet exemple, une personne qui tirerait sur ses collègues serait génétiquement prédisposée à le faire. Cela engendre beaucoup de questionnements et de réactions face à la responsabilisation de la personne qui commet un tel acte criminel. Est-ce que cette théorie ne pourrait pas devenir une excuse facile pour tout acte de violence engendrée par la haine? Je te haïs, je te casse la figure, mais ce n'est pas de ma faute! J'ai un « défaut évolutif ». Ou, au contraire, est-ce que cette théorie pourrait devenir une excuse de discrimination envers certains citoyens qui n'ont jamais commis d'acte criminel mais qui pourraient avoir des liens familiaux avec des personnes ayant passé à l'acte par haine? Bref, cette théorie laisse en suspens plusieurs questions…
——————————-
1 Voir les articles: « Est-ce que la haine vient de notre cerveau? La haine selon les neurosciences et la biologie comportementale » et Dozier, Rush W. La haine : Comprendre et éliminer la haine. Québec : Les éditions de l’homme, 2003.

Bonsoir Julie !
Très intéressant billet. Je ne connaissais pas du tout cette théorie. En lisant, j'essayais de voir en quoi mon expérience de plus de 35 ans de travail me permettait de me souvenir de personnes qui auraient manifesté une telle haine. Je ne crois pas en avoir connu.
J'ai par ailleurs suivi le cas de ce professeur à l'université Sir Georges Williams je crois, qui a abattu de ses collègues parce qu'ils se seraient approprié son travail. Mais c'est là un cas extrême. Son avocat a-t-il utilisé la défense du "défaut évolutif" ? Je l'ignore.
Tiens, en écrivant je viens de me rappeler un cas qui s'est présenté à mon CLSC il y a une vingtaine d'années. Deux infirmières ont été sanctionnées parce qu'elles se sont querellées au point de sauter littéralement à la tête de l'autre en se tirant les cheveux et se roulant pas terre. Je n'ai pas cherché à savoir plus qu'il faut ce qui s'était passé. Je travaillais très fort pour la communauté et n'avais pas de temps à perdre à des conflits internes mais il semble que les deux étaient en conflit depuis un certain temps et tout a sauté un beau matin…
Je les connaissais toutes les deux et c'étaient d'excellentes infirmières, douces et charmantes !
Bref, je ne saurai jamais si c'est ce "défaut évolutif" qui jouait ou d'autres causes complexes.
J'ai tendance à penser comme toi que ce serait trop facile de se défiler en mettant le blâme sur un élément génétique incontrôlable. Je pense que tout défaut peut être corrigé du moins en surface pour être en mesure de vivre positivement en société. La psychologie behaviorale remporte d'excellents succès dans plusieurs domaines, entre autres les dépressions et les problèmes anxieux.
C'était mon minuscule grain de sel !
Au revoir !
Merci paumier! Vos commentaires sont toujours très intéressants
Merci de me lire!
Julie